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Commerce agentique : comment l’IA transforme l’achat en ligne ?

Rédigé par Guénaëlle Retourné | 2 février 2026

L’intelligence artificielle ne se contente pas de suggérer des produits ou de répondre à des questions. Elle agit à présent pour l’utilisateur, prend des décisions à sa place et exécute des achats de manière autonome. Grâce à ces agents IA capables de comprendre les intentions, d’analyser le contexte et de comparer les options disponibles, le parcours d’achat prend une toute nouvelle dimension qu’il ne faut pas sous-estimer.

En effet, cette révolution transforme non seulement l’expérience du consommateur, mais aussi la façon dont les marques doivent interagir avec leurs clients. Des premières expérimentations grand public aux solutions B2B avancées, le commerce agentique s’impose progressivement comme un levier à prendre en main au plus vite pour réinventer l’achat en ligne.

Qu’est-ce que le commerce agentique ?

Le commerce agentique est bien plus qu’un simple outil ou assistant virtuel. Contrairement aux systèmes traditionnels qui se contentent de répondre à une demande, un agent « agentique » peut comprendre le contexte, anticiper les besoins et effectuer des actions concrètes, comme sélectionner des produits ou finaliser un achat.

Commerce agentique : définition

Le commerce agentique est une forme d’achat en ligne dans laquelle des agents dopés à l’intelligence artificielle (IA) cherchent les options disponibles, les comparent et les évaluent, avant d’effectuer des achats pour le compte de clients.

Il se distingue des autres formes d’automatisation ou d’assistants numériques par trois points clés (que nous aborderons plus en détail ultérieurement) :

  • L'autonomie : l’agent peut agir sans intervention humaine pour certaines tâches, comme remplir un panier ou choisir un fournisseur ;
  • La compréhension de l’intention : il ne se contente pas de traiter des commandes explicites, mais interprète aussi ce que l’utilisateur souhaite réellement ;
  • L'exécution d’actions : au-delà de la recommandation, l’agent peut finaliser l’achat, gérer les stocks ou vérifier la disponibilité.

Le commerce agentique et l’évolution du numérique

L’achat en ligne a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Alors que le parcours d’achat classique consistait à chercher un produit, le comparer et l’acheter, l’arrivée des assistants numériques et des chatbots avait amélioré l’expérience, tout en restant centrée sur l’utilisateur qui devait les guider à chaque étape.

Mais ces derniers mois, le commerce agentique change à nouveau cette dynamique avec une IA qui devient proactive. Elle peut comprendre ce que l’utilisateur souhaite vraiment, anticiper ses besoins et agir en conséquence.

En d’autres termes, l'e-commerce passe d’un modèle réactif à un modèle intentionnel, dans lequel l’utilisateur délègue certaines décisions à l’agent IA et n’est plus seulement acteur. Il devient « donneur d’intention ».

Le commerce agentique : une simple tendance ?

Il y a fort à parier que le commerce agentique ne sera pas qu’un simple effet de mode ou un nouveau gadget IA. Effectivement, plusieurs facteurs le rendent structurellement pertinent et durable :

  • la convergence technologique : LLM, IA conversationnelle, API ouvertes et protocoles de paiement sécurisés rendent possible l’autonomie des agents ;
  • la pression économique : les marques cherchent à simplifier le parcours d’achat, à réduire l’abandon de panier, et à améliorer la personnalisation des parcours et de l’expérience utilisateur ;
  • les attentes des consommateurs : les utilisateurs veulent des expériences plus rapides, plus efficaces et surtout plus adaptées à leurs besoins, et ce, sans surcharge cognitive.

En combinant tous ces éléments, le commerce agentique s'apparente à une évolution logique et incontournable du e‑commerce, qui s’apprête à transformer la manière dont les consommateurs interagissent avec les plateformes et les marques.

Commerce agentique : les trois piliers

Comme évoqué précédemment, le commerce agentique repose sur trois piliers qui permettent aux agents d’agir efficacement pour l’utilisateur et de dépasser la simple automatisation : l’analyse de l’intention, la prise de décision autonome et l’exécution de tâches.

L’analyse d’intention : comprendre ce que veut réellement l’utilisateur

Le premier principe consiste à dépasser la simple demande explicite de l’utilisateur. Un agent agentique ne se contente pas de recevoir une instruction telle que « trouve une tablette graphique ».

Il interprète les besoins sous-jacents, comme le type d’usage prévu, le budget, les préférences passées, voire le contexte immédiat (l’urgence de l’achat ou les conditions de livraison souhaitées, par exemple). Cette compréhension fine permet à l’agent de proposer des options plus pertinentes et de préparer des actions cohérentes avant même que l’utilisateur choisisse.

L’objectif est évidemment de réduire le temps et l’effort nécessaires pour effectuer un achat, tout en garantissant que la solution correspondra exactement aux attentes.

La prise de décision autonome : choisir la meilleure option

Une fois que l’agent a identifié l’intention réelle, il doit encore décider de la meilleure action à entreprendre.

Contrairement à un simple moteur de recommandation, l’agent IA évalue plusieurs critères simultanément (rapport qualité-prix, disponibilité des produits, délais de livraison, réputation des fournisseurs, etc.).

Il peut également simuler différents scénarii, anticiper les éventuels problèmes et sélectionner l’option qui maximise la satisfaction de l’utilisateur.

Cette prise de décision autonome n'est possible que parce que les modèles IA sont désormais capables de raisonner et de comparer plusieurs solutions. Ils offrent à présent une expérience qui se rapproche sensiblement de celle d’un conseiller humain, mais avec une vitesse et une précision accrues.

L’exécution : agir pour l’utilisateur

C’est sur ce troisième principe que le commerce agentique se distingue véritablement de toute autre forme d’assistant IA.

Ici, l’agent ne se contente pas de suggérer un produit ou un service. Il peut passer à l’action via :

  • L'ajout de produits dans le panier ;
  • La constitution d’un panier optimal (réduction des frais de livraison, par exemple) ;
  • La validation d’un paiement sécurisé via des protocoles adaptés aux agents autonomes ;
  • La gestion du suivi de commande ;
  • La gestion des retours ou des échanges, si nécessaire.

L’exécution doit bien entendu reposer sur des protocoles qui garantissent la sécurité, la transparence et le contrôle des données de l’utilisateur, tout en permettant à l’agent de gérer de manière autonome des tâches complexes qui prendraient normalement beaucoup plus de temps.

De manière générale, le commerce agentique laisse la possibilité à l’utilisateur de superviser et de valider les décisions importantes.

 

Commerce agentique : quelles solutions ?

Le commerce agentique commence à se déployer concrètement grâce à des initiatives et solutions mises en place par les géants du numérique et les infrastructures de paiement.

Attention toutefois, car si ces technologies existent et sont testées par de grands acteurs, leur adoption en Europe, et notamment en France, reste limitée. La plupart des annonces concernent encore des expérimentations ou des déploiements pilotés principalement aux États-Unis.

Les grands pionniers du commerce agentique

Plusieurs pionniers expérimentent d’ores et déjà des parcours d’achat où l’agent IA est un acteur autonome, capable de rechercher, comparer et acheter pour l’utilisateur. Ces tests représentent les premières démonstrations concrètes de ce que pourrait être le commerce agentique à grande échelle.

> Amazon : Buy for Me

Amazon a lancé le programme Buy for Me, une nouvelle fonctionnalité intégrée à l’application Amazon Shopping, qui permet à un agent d’acheter des produits non disponibles sur la plateforme Amazon directement sur un site externe (sites Web des marques, notamment), sans que l’utilisateur soit obligé de remplir manuellement les informations. L’agent gère l’ensemble du processus, du panier au paiement, qui prévoit entre autres l’autorisation pour Amazon de finaliser la commande avec le processus de paiement classique.

Autrement dit, tout est géré directement dans l’application. En plus de faciliter le parcours d’achat pour l’utilisateur, Amazon limite la fuite des consommateurs sur d’autres sites.

À noter que le service est actuellement en phase de test aux États-Unis, pour un nombre limité de clients, de marques et de produits.

> OpenAI : Instant Checkout et Agentic Commerce Protocol (ACP)

En septembre 2025, OpenAI a annoncé qu’il était possible pour certains marchands d’être accessible directement depuis ChatGPT, grâce à l’ACP (Agentic Commerce Protocol).

L’utilisateur peut ainsi découvrir un produit, le sélectionner et lancer le paiement sans quitter l’interface de chat.

À l’heure actuelle, cette fonctionnalité reste néanmoins limitée aux utilisateurs de ChatGPT Plus, Pro et Free des États-Unis, et uniquement sur quelques plateformes (Etsy, Shopify).

> Google : Agentic Checkout

Même principe chez Google, où l’automatisation complète du processus d’achat est rendue possible grâce à Agentic Checkout. Google passe ainsi d’un rôle d’intermédiaire à celui d’acheteur actif, en pilotant l’ensemble du parcours client, de la recherche du produit jusqu’à la validation du paiement. Le tout se fait évidemment sans que l’utilisateur doive naviguer entre les sites ou valider manuellement les étapes.

Les infrastructures de paiement

Jusqu’ici, l’un des freins au commerce agentique résidait dans le paiement. Comment permettre à une IA d’acheter en ligne sans compromettre la sécurité, la traçabilité ou le consentement utilisateur ?

Plusieurs acteurs majeurs se sont alors engagés à lever ce verrou.

  1. En 2025, Mastercard a lancé son programme Agent Pay, qui repose sur des Agentic Tokens, c’est-à-dire des jetons cryptographiques dynamiques permettant aux agents IA vérifiés de réaliser des transactions en toute conformité.
  2. Visa travaille sur des API et des protocoles (Intelligent Commerce & Trusted Agent Protocol) favorisant la reconnaissance des agents IA, afin de valider que l’achat est piloté par un agent légitime.
  3. Agentic Commerce Protocol (ACP) joue également un rôle central dans ces évolutions. En effet, l’ACP est un standard open source qui permet aux sites marchands d’être « agent‑ready » sans devoir reconstruire toute leur infrastructure. Il définit comment les agents IA, les plateformes e‑commerce et les prestataires de paiement interagissent pour garantir la sécurité et la compatibilité. Grâce à l’ACP, un site e‑commerce déjà existant (avec un back‑office moderne) peut tout à fait s’ouvrir aux agents IA.

Ce que cela implique pour les sites marchands

Malgré les solutions mises en place pour faciliter la mise en œuvre du commerce argentique sur les sites marchands, les plateformes e-commerces doivent néanmoins repenser certaines de leurs pratiques pour être « agent‑ready ». Il s’agit par exemple :

  • De structurer leurs catalogues produits dans un format clair et standardisé (attributs, prix, disponibilité, variantes) afin qu’un agent puisse les interpréter ;
  • De mettre en place des processus logistiques et de gestion de paiements compatibles avec les transactions initiées par un agent (token, consentement, suivi, retours) ;
  • D'adopter les protocoles, comme l’ACP ou les standards de paiement agentique, pour être accessibles depuis des plateformes IA.

De plus, il faut bien comprendre que le client direct n’est plus forcément un humain, mais un agent IA. Cela modifie donc le marketing, la gestion des données, l’expérience utilisateur et la relation après‑vente.

Comment fonctionne le commerce agentique ?

Contrairement à un assistant classique, un agent capable d’acheter pour l’utilisateur repose sur une architecture spécifique combinant un modèle de langage, des modules de perception, des systèmes d’action, des connecteurs marchands et des mécanismes de sécurité. L’ensemble compose une chaîne de traitement complète, qui part d’une intention exprimée en langage naturel et se termine par une action commerciale réelle.

S’il n’existe pas encore de documentation officielle détaillée et publique, le fonctionnement du commerce agentique s’appuie néanmoins sur des principes connus de l’écosystème e-commerce et de l’IA.

L’agent décisionnel : le cœur du système

Au centre de l’architecture, on retrouve bien entendu l’agent décisionnel. C’est lui qui analyse la demande, coordonne les modules techniques et décide des actions à exécuter. C’est lui aussi qui fait toute la différence avec un assistant IA classique.

Il repose généralement sur un LLM (modèle de langage avancé) enrichi de modules spécialisés, notamment à l’aide du protocole MCP.

L’agent décisionnel combine plusieurs briques essentielles :

  • Un LLM pour le raisonnement et la planification : le modèle élabore un plan d’action (quelles informations aller chercher, quels sites consulter, quelles APIs appeler, quelles alternatives proposer en cas d’indisponibilité, etc.) ;
  • Des modules d’action : l’agent possède des outils lui permettant d’interagir avec des systèmes externes (formulaires, APIs, catalogues marchands, protocoles de paiement) ;
  • Une mémoire courte et longue : courte pour stocker les étapes en cours (panier, produits examinés, contraintes de livraison), et longue pour conserver les préférences de l’utilisateur (budget, marques favorites, critères éthiques) ainsi que les interactions passées ;
  • Un modèle de contexte utilisateur intégrant l’historique d’achat, les préférences de livraison, les moyens de paiement autorisés, etc.

La couche de perception : comprendre ce que l’utilisateur veut

La couche de perception permet à l’agent de comprendre ce que l’utilisateur veut vraiment et ce que le marché propose réellement. Elle transforme le langage naturel et les données brutes en informations exploitables.

Concrètement, elle comporte trois éléments clés :

  1. L’analyse des intentions : l’agent convertit une demande floue en contraintes formelles (budget approximatif, type de produit, contexte de l’achat, préférences de durabilité ou de marque).
  2. La compréhension des catalogues produits : l’agent doit être capable d’interpréter les attributs produits (taille, couleur, compatibilité, matériaux), les variantes, les options personnalisables, les règles de disponibilité, etc.
  3. L'analyse des prix et des configurations : l’agent évalue les coûts totaux (prix, livraison, frais additionnels), mais aussi les conditions (délais, politique de retour, garantie, réputation du vendeur).

La couche d’action

C’est grâce à la couche d’action que le commerce argentique se distingue vraiment des assistants traditionnels. Là où un assistant se limite à donner un lien ou un conseil, la couche d’action permet à l’agent de faire.

Elle repose, elle aussi, sur plusieurs mécanismes :

  1. Des API marchands : connexion directe au catalogue, au panier, à la disponibilité et au paiement. Les acteurs compatibles (Amazon, Shopify, etc.) peuvent offrir des endpoints spécialement conçus pour les agents (adresse précise ou point d’accès sur un serveur où un agent IA peut envoyer une requête pour obtenir ou envoyer des données).
  2. Des connecteurs ERP/CMS : pour les entreprises, l’agent peut consulter les inventaires, interroger les systèmes internes, initier des commandes fournisseurs, mettre à jour des données en temps réel, etc.
  3. Des paiements autonomes et protocoles d’autorisation : c’est la brique la plus récente et la plus révolutionnaire, comme nous l’avons vu, avec Visa (Intelligent Commerce), Mastercard (Agent Pay), protocoles agentiques (ACP), etc.

La couche de sécurité et de contrôle

Vous imaginez bien qu’un agent capable de dépenser de l’argent exige une solide couche de sécurité, qui doit strictement encadrer ce que l’agent peut faire, comment et sous quelles conditions.

Trois fonctions sont ici essentielles :

  1. Les permissions explicites : l’utilisateur définit clairement les sites ou marchands autorisés, le budget maximal, les types d’achats acceptés, le niveau d’autonomie (notification systématique, validation manuelle, achat automatique), etc.
  2. La détection des anomalies et des achats suspects : l’agent et les systèmes de paiement surveillent les comportements ou montants inhabituels, les incohérences entre le produit et les préférences de l’utilisateur, les risques de fraude ou de manipulation.
  3. L'audit des logs et l’explication des décisions : chaque action exécutée est enregistrée (recherche, comparaison, choix du produit, passage au paiement). L’agent est censé pouvoir expliquer pourquoi il a choisi ce produit plutôt qu’un autre.

Commerce agentique : quels bénéfices et avantages stratégiques ?

En automatisant le parcours d’achat et en permettant aux agents IA d’agir de manière autonome, ce modèle offre des bénéfices concrets et différenciants aussi bien pour les consommateurs que les sites marchands.

Les avantages pour le consommateur

Comme vous pouvez vous en douter, pour l’utilisateur final, le commerce agentique simplifie radicalement l’expérience d’achat et augmente la satisfaction. Il apporte :

  • Une simplification du parcours d’achat, puisque l’agent IA prend en charge toutes les étapes (recherche, comparaison, panier, paiement et livraison). L’utilisateur n’a plus à naviguer entre plusieurs sites ou interfaces ;
  • Moins de choix, mais plus de pertinence grâce à l’analyse des préférences, des intentions et du contexte permettant à l’agent de sélectionner les produits réellement adaptés ;
  • Des économies grâce à l’optimisation automatique, car l’agent peut comparer automatiquement les prix, anticiper les promotions et ajuster le panier pour respecter un budget donné ;
  • Un sentiment de « service premium » grâce à l’automatisation complète et la personnalisation qui améliorent la fidélisation et l’expérience de marque.

Les avantages pour les sites marchands

Pour les commerçants, le commerce agentique représente aussi une avancée importante, à la fois pour les ventes, mais aussi pour la relation client. Il favorise :

  • La réduction de l’abandon de panier, puisque les agents gèrent automatiquement le processus d’achat et ses erreurs, ses ruptures de stock, etc. ;
  • L’augmentation des conversions sur les produits réellement adaptés, dans la mesure où l’agent analyse les intentions et les besoins précis de l’utilisateur ;
  • Une exploitation plus qualitative des données intentionnelles, car contrairement aux simples données comportementales (clics, temps passé, etc.), les interactions agentiques fournissent des informations sur ce que le consommateur veut réellement. Cela permet d’optimiser l’offre, la stratégie de pricing et les campagnes marketing.

En bref, le commerce agentique réduit la friction pour le consommateur, tout en offrant aux marchands une efficacité commerciale accrue et des données plus précises.

Pour faire simple, le commerce agentique va sans doute transformer l’achat en ligne. Toutefois, son adoption généralisée dépendra de l’évolution des standards techniques, de la confiance des utilisateurs et des régulations autour des agents autonomes. Les prochaines années promettent néanmoins l’émergence d’agents IA de plus en plus intégrés. Peut-être seront-ils même capables de négocier à notre place, qui sait ?

Crédit photo : ipuwadol