Si vous vous lancez dans la refonte de votre site Web aujourd’hui, vous êtes certainement confronté à un défi majeur : vous pensez votre projet pour un usage qui est en train de disparaître.
Vous concevez une interface avec des menus, des pages optimisées pour le SEO (Search Engine Optimization ou en français le référencement naturel), vous proposez des logiques de lectures hiérarchisées, avec des formulaires, des espaces personnalisés (…), dont la conception répond aux pratiques habituelles de navigation Web, existantes depuis de nombreuses années déjà.
Et, pendant ce temps, vos utilisateurs (39 % des Français, d’après un sondage IPSOS de février 2025 Intelligence artificielle : quels sont les usages des Français ?) posent leurs questions à ChatGPT et ne consultent plus directement vos pages ni votre site internet.
Les questions à se poser désormais sont les suivantes :
La question n’est donc plus si je dois intégrer ou non l’IA sur mon site Web. Mais bien comment l’intégrer ou comment concevoir ma refonte pour que mon projet ne devienne obsolète en moins d’un an ?
Avant de faire des choix techniques ou fonctionnels pour la refonte de votre site Web, il est nécessaire de comprendre les transformations en cours. Le Web tel que nous le connaissons évolue et les nouveaux usages liés à l’IA redéfinissent en profondeur le rôle même de votre site.
Depuis la révolution d’internet, il y a plus de 20 ans, le modèle d’usage du Web était simple : l’utilisateur faisait une recherche (majoritairement depuis Google), cliquait sur un résultat, puis naviguait au sein d’un site pour obtenir une réponse ou effectuer une action.
Ce modèle est aujourd’hui remis en cause, avec des chiffres très clairs : plus de 60 % des recherches Google ne génèrent aucune visite sur un site Web. (Lire notre article : L’impact réel de l’IA sur le SEO d’après les études récentes (2025) ?)
Et désormais, les sites qui produisent l’information alimentent les IA… mais sans être visités par l’internaute final.
C’est le phénomène que nous appelons « the great decoupling » (ou en bon français le grand découplage). C’est-à-dire le moment de bascule où la visibilité sur les moteurs de recherche ne génère plus de clics ni de visite sur votre site Web.
Historiquement, plus vous étiez visible sur les moteurs de recherche (SEO), plus vous aviez de visites. Aujourd’hui, vous pouvez être très visible, très bien référencé… et ne générer aucun clic.
C’est particulièrement le cas des sites médias qui en sont les premières victimes : pour une question d’actualité, Google fournit directement la réponse, sans lien ou besoin de cliquer vers le site source.
En France, cette évolution est encore peu visible. En effet, grâce à la législation des droits voisins, nous sommes l’un des rares pays au monde à ne pas avoir vu le déploiement de Google AI Overview. Mais lorsque vous effectuez une recherche, dans la plupart des autres pays, Google vous propose une réponse en langage naturel, puis des résultats.
Et si vous êtes un utilisateur régulier des outils d’IA générative, vous êtes maintenant habitué à dialoguer avec ces interfaces, en langage naturel, sans avoir à consulter une quinzaine de sites pour obtenir une réponse précise.
De nombreux oracles professent depuis quelques années la fin des sites Web. Et l’arrivée du Web agentique laisse penser que, demain, commander une paire de chaussures sur Sarenza ne passera plus par une interface Web, mais par l’intermédiaire d’un chatbot.
Mais ces transformations, très rapides en termes d’innovation technologique, mettent du temps à s’installer dans les pratiques de tous les Français. Lorsque nous disons que 39 % des Français utilisent l’IA, nous omettons souvent deux réalités :
Aussi, nous devons considérer aujourd’hui la refonte d’un site Web dans cette logique d’hybridation des pratiques : vos utilisateurs sont friands d’interfaces conversationnelles, mais ces dernières restent encore limitées pour de nombreux usages et ne sont certainement pas adaptées à tous.
Votre site ne disparaît pas : il change de rôle dans les parcours utilisateurs.
C’est l’étonnant paradoxe des IA Génératives : pour être aussi pertinentes et complètes, elles se nourrissent d’un volume incalculable de données. Or, ces données proviennent directement de l’immensité des sites du Web actuel… tout en réduisant le trafic vers ces mêmes contenus, et donc la capacité du Web à produire de nouvelles connaissances.
À tel point que la voracité des IA vient questionner la logique, presque cannibalisante, de la production du savoir.
Si seules les IA produisent du savoir à partir de contenus eux-mêmes générés par IA, qui produit la nouveauté, le pas de côté … ? C’est un questionnement civilisationnel que nous n’aborderons pas ici, mais qui reste évidemment majeur dans nos réflexions éthiques.
Votre site doit donc devenir un actif producteur de données pour les IA génératives que consultent vos cibles.
Plus encore qu’à l’époque du Web 3.0 (qui n’a jamais réellement existé), il s’agit de produire des contenus structurés, sémantisés et inédits.
Votre site internet demeure un actif stratégique, source de vérité pour vos cibles comme pour les IA génératives.
Prenons un exemple simple : si vous publiez un référentiel unique d’aides régionales, votre contenu nécessite une structuration fine pour permettre à l’intelligence artificielle générative de répondre à des questions très ciblées, du type : « Je suis une association de moins d’un an dans le domaine de l’aide aux plus démunis et j’ai besoin d’un soutien de trésorerie. À quel type d’aide puis-je répondre à Calais ? ».
Chacune de vos aides doit être décrite précisément, non pas au moyen d’une page éditoriale avec un champ WYSIWYG unique, mais avec des champs de données structurés.
Nous n’avons pas, à ce stade, besoin d’utiliser des outils de type LLMs.txt, comme cela a pu être envisagé. En revanche, vos contenus doivent impérativement rester accessibles, structurés et hiérarchisés. Et, dans de nombreux cas, enrichir vos contenus avec des FAQ structurées renforce davantage la capacité des IA à comprendre les intentions des utilisateurs.
Considérant le mode de consommation hybride des utilisateurs (utilisation des moteurs de recherche traditionnel ET des outils d’IA générative), vous avez donc un enjeu à être bien positionné dans ces nouveaux moteurs. C’est ce que nous appelons la « citabilité ».
Sur ce sujet, pas de grande révolution. Les grands principes de Google EEAT (Experience, Expertise, Authoritativeness, Trustworthiness ou en français Expérience, Expertise, Autorité, Fiabilité/Confiance) restent plus que jamais valables. Et lors de la production de contenus, plusieurs bonnes pratiques s’imposent :
Pour approfondir ces sujets, vous pouvez consulter ce webinar dédié : « Comment préparer votre stratégie SEO/GEO pour 2026 ? »
Gardez néanmoins à l’esprit que le GEO (pour Generative Engine Optimization) est encore plus une boite noire que le SEO. Là où nous nous interrogions déjà sur les modes d’indexation de Google, nous devons désormais composer avec ceux d’un nombre croissant d’acteurs (ChatGPT, Claude, Perplexity, etc.)
Au-delà de la production de contenus, l’Intelligence Artificielle transforme également les interfaces et les modes d’interaction. Il s’agit désormais d’intégrer ces nouveaux usages directement au cœur de votre site internet.
Le marché regorge aujourd’hui de solutions par abonnement qui vous promettent un chatbot efficace, pertinent et complet en quelques heures de travail.
C’est un leurre.
Au mieux, vous aurez un perroquet capable de répondre à quelques questions, mais qui frustrera rapidement vos utilisateurs (et sera donc vite délaissé). Au pire, vous déployez un outil générant des réponses incorrectes, pouvant occasionner des dommages sérieux (quelques exemples à lire sur cet article de la BBC).
C’est un dicton vulgaire utilisé depuis longtemps dans l’analyse des données, mais encore plus vrai aujourd’hui à l’ère de l’IA : « shit in – shit out ».
Tant que vous ne disposez pas d’un socle de données fiable et sécurisé, inutile d’espérer des résultats pertinents avec l’IA. Et dans le cas des chatbots déployés en quelques clics, leur méthode de crawl n’est absolument pas adaptée à la complexité d’un site Web riche de plusieurs centaines ou milliers de pages.
Aussi, « OUI » nous pouvons intégrer un chatbot, mais à condition de le faire correctement. Il s’agit d’un outil extrêmement puissant, capable de soulager vos services de support ou d’accueil, en s’appuyant sur :
Pour aller plus loin, nous vous invitons à consulter ce webinar dédié « Comment les agents conversationnels transforment l’expérience utilisateurs » ainsi que ces articles :
Les résultats de recherche d’un site Web constituent très souvent un point de douleur majeur. Non pas parce que la technologie est défaillante, mais parce que le problème est avant tout structurel et cognitif :
Or, intégrer un moteur de recherche qui propose des réponses en langage naturel est un facteur clé de satisfaction utilisateur. En faisant appel à des modèles de langage (LLM), le moteur de recherche augmenté :
L’IA constitue un formidable outil d’aide à la navigation pour répondre à une grande diversité de profils. Intégrer l’IA sur votre site internet peut vous permettre :
Nous ne concevons plus une page pour un utilisateur « lambda », caractérisé par 3 ou 4 personas génériques, mais pour une diversité d’usage. Il s’agit d’une trajectoire de personnalisation intensive, qui permettra demain :
Plus encore que pour les outils ou les modes de consultation de vos utilisateurs, les gains en termes d’usage sont à rechercher du côté de vos contributeurs. C’est d’ailleurs ce que démontre une étude du MIT - Massachusetts Institute of Technology (lire l’article du 2 septembre 2025 de daf-mag.fr) sur les échecs des solutions d’IA : les principaux gisements de valeur se trouvent bien plus dans les tâches administratives, répétitives que dans les interactions avec les clients et les usagers.
De nombreux modules existent déjà pour aider, accélérer et faciliter la contribution.
À partir d’un titre ou d’un brief, l’Intelligence Artificielle peut générer un premier jet structuré (H1, chapô, CTA) directement dans le back-office. Ces outils peuvent être soit externes (comme Jasper AI ou Frase), soit directement intégrés dans les back-offices de vos CMS préférés (par exemple le module AI Engine pour WordPress, qui permet de générer des images).
Pour ces outils, les administrateurs doivent veiller à plusieurs écueils :
Dans le même ordre d’idée, les moteurs de génération de contenu peuvent servir à :
Les outils d’IA en back-office servent aussi à améliorer la qualité et la valeur des contenus, avec un effort limité :
Enfin, en back-office, nous pouvons également considérer l’IA comme outil de contrôle qualité. C’est d’ailleurs ce qui défraie la chronique aujourd’hui : de plus en plus de médias suppriment les postes de secrétaires de rédaction (lire l’article du Monde du 02 juillet 2025 - Plan social au « Point »), car l’IA les remplace plutôt bien. Voici un aperçu des principaux usages en matière de contrôle qualité :
En résumé, l’Intelligence Artificielle est un levier d’enrichissement des pratiques de consultation etde contribution Web. Les CMS actuels proposent de très nombreuses initiatives et outils pour adapter les interfaces aux usages d’aujourd’hui et de demain.
Pour vos utilisateurs comme pour les moteurs d’IA Générative, facilitez les usages grâce à des moteurs de recherche augmentés et à des contenus toujours plus structurés et inédits. Et pour vos contributeurs, simplifiez-leur la vie avec des outils de contribution, contrôle qualité et enrichissement.
Enfin, l’un des paradoxes de l’arrivée des outils d’IA tient au fait qu’ils semblent « simplifier » les projets numériques. Pourtant, dans leur mise en œuvre, parce qu’ils se superposent à des outils existants, leur arrivée vient complexifier les projets de refonte. Cela implique de réaliser des arbitrages fonctionnels importants et de concevoir des dispositifs d’accès aux contenus et aux savoirs encore plus nombreux qu’avant.
Crédit photo : Supatman